Dans un réseau WiFi avec plusieurs bornes, un problème revient souvent : un appareil reste connecté à une borne trop éloignée alors qu’une autre borne, plus proche, serait meilleure.
On appelle souvent cela un sticky client. L’appareil “colle” à sa première borne. Il continue à capter un peu, donc il ne change pas.
Pour l’utilisateur, le symptôme est frustrant : le WiFi est connecté, mais la visioconférence coupe, les pages chargent lentement, le terminal métier répond mal, ou l’appel WiFi devient instable.
Le réglage Minimum RSSI sert à traiter ce cas. Il indique à une borne WiFi qu’en dessous d’un certain niveau de signal, un client ne doit plus rester associé à cette borne.
Dit autrement : la borne arrête de tolérer les clients trop faibles.
Ce réglage peut améliorer le roaming, la qualité radio et l’expérience utilisateur dans un réseau bien conçu. Mais il peut aussi créer des déconnexions si on l’utilise pour masquer une mauvaise couverture. C’est donc un outil utile, mais exigeant.
Ce qu’il faut retenir
- RSSI signifie Received Signal Strength Indication : c’est une indication du niveau de signal reçu.
- En WiFi, le RSSI est généralement exprimé en dBm, avec des valeurs négatives.
- Plus la valeur est proche de 0, plus le signal est fort : -55 dBm est meilleur que -75 dBm.
- Minimum RSSI force une borne à déconnecter un client dont le signal devient trop faible.
- Le but principal est d’aider le roaming et d’éviter les clients collés à une borne trop éloignée.
- Ce réglage est souvent appliqué par borne et parfois par bande radio.
- Une valeur trop agressive peut provoquer des boucles de reconnexion ou des zones sans WiFi.
- Minimum RSSI ne remplace pas une bonne couverture, un bon placement de bornes ou un vrai design radio.
- Il ne faut pas confondre Minimum RSSI, Minimum Data Rate et Interference Blocker.
L’analogie simple : la conversation qui devient impossible
Imaginez un serveur dans un restaurant.
Un client s’éloigne progressivement de sa table et continue à parler au serveur depuis l’autre bout de la pièce. Le serveur l’entend encore, mais mal. Il doit faire répéter, se concentrer, perdre du temps et perturber le service.
À un moment, la bonne décision n’est pas de continuer cette conversation médiocre. Le client doit se rapprocher ou changer d’interlocuteur.
Minimum RSSI applique cette logique au WiFi. Si le signal du client devient trop faible du point de vue de la borne, la borne le déconnecte pour l’inciter à se rattacher à une meilleure borne.
Le mot important est “inciter”. La borne ne peut pas obliger parfaitement le client à choisir le bon voisin. Elle peut seulement mettre fin à une association devenue mauvaise.
RSSI : comprendre les dBm sans se perdre
Le RSSI est souvent exprimé en dBm. Les valeurs sont négatives, ce qui peut surprendre.
Quelques repères pratiques :
| RSSI approximatif | Lecture terrain |
|---|---|
| -50 dBm | Très bon signal |
| -60 dBm | Bon signal pour des usages exigeants |
| -67 dBm | Souvent visé pour voix ou visioconférence selon design |
| -70 dBm | Limite courante pour un service encore correct |
| -75 dBm | Signal faible, usage variable |
| -80 dBm | Très faible, souvent instable |
| -85 dBm | Bordure de couverture, rarement exploitable correctement |
Ces valeurs ne sont pas des règles universelles. Elles varient selon les clients, les bandes, le bruit, les antennes, la largeur de canal et les usages. Mais elles donnent une intuition : un appareil connecté à -82 dBm n’est pas “bien connecté” parce que l’icône WiFi est encore visible.
Ce que fait Minimum RSSI
Dans UniFi, Ubiquiti décrit Minimum RSSI comme un réglage indiquant le niveau de signal minimal requis pour qu’un client reste connecté à une borne. Si le signal descend sous ce seuil, la borne envoie une désassociation ou déauthentification. Le client doit alors chercher une autre borne ou tenter de se reconnecter.
Le but est de corriger les situations où un client reste accroché à une borne moins optimale.
Exemple :
- un ordinateur se connecte à la borne de l’accueil
- l’utilisateur se déplace vers une salle de réunion
- une borne est présente dans la salle
- l’ordinateur reste pourtant sur la borne de l’accueil
- le signal descend à -78 dBm
- les appels deviennent instables
- Minimum RSSI à -72 dBm sur la borne d’accueil peut forcer l’ordinateur à quitter cette borne
Si la salle est correctement couverte, l’ordinateur a de bonnes chances de rejoindre la borne locale. Si la salle est mal couverte, il peut seulement se reconnecter à la même borne et se faire déconnecter à nouveau.
C’est là que le réglage devient dangereux.
Le piège : le client décide toujours
En WiFi, le roaming est principalement une décision du client. La borne peut l’aider, l’informer, le pousser ou le déconnecter, mais le client garde une grande part de décision.
Un smartphone, un ordinateur, un terminal de scan ou une imprimante ne réagit pas forcément de la même manière. Certains clients roam rapidement. D’autres restent collés longtemps. Certains supportent bien les mécanismes modernes comme 802.11k/v/r. D’autres réagissent mal aux déconnexions forcées.
Ubiquiti rappelle qu’un client déconnecté par Minimum RSSI peut se reconnecter à la même borne, surtout si aucune meilleure borne n’est réellement disponible. Dans ce cas, il peut être expulsé de nouveau. Le résultat devient une instabilité créée par le réglage lui-même.
Minimum RSSI n’est donc pas un “réparateur de WiFi”. C’est un seuil qui fonctionne seulement si le design radio donne au client une meilleure option.
Exemple concret : le bureau avec deux bornes
Un bureau dispose de deux bornes : une près de l’entrée, une au fond de l’open space.
Le matin, un utilisateur se connecte à la borne d’entrée. Il traverse ensuite le bureau. Son ordinateur garde cette borne, même quand il est assis près de la borne du fond.
Conséquences :
- débit plus faible
- retransmissions
- latence
- appel Teams instable
- airtime consommé inutilement sur la mauvaise borne
Avec Minimum RSSI bien réglé sur la borne d’entrée, l’ordinateur est déconnecté lorsqu’il devient trop faible. Il peut alors rejoindre la borne du fond.
Le résultat attendu :
- meilleure qualité de signal
- débit radio plus élevé
- moins de retransmissions
- roaming plus cohérent
- meilleure expérience utilisateur
Mais cela ne fonctionne que si la borne du fond est réellement disponible, sur un canal correct, avec une puissance cohérente et un SSID identique.
Exemple concret : l’hôtel où le réglage casse les chambres du bout
Dans un hôtel, on active Minimum RSSI à -70 dBm sur toutes les bornes pour “améliorer le roaming”.
Dans les chambres proches, tout va bien. Dans les chambres du bout, les clients sont régulièrement expulsés. Ils ne trouvent pas de meilleure borne. Ils reviennent sur la même, se font expulser, puis finissent par couper le WiFi.
Le réglage n’a pas amélioré le réseau. Il a révélé que la couverture était insuffisante.
La bonne correction n’est pas de pousser Minimum RSSI plus haut. C’est de revoir le design :
- ajouter une borne
- déplacer une borne
- ajuster la puissance
- vérifier les murs et portes
- revoir les canaux
- mesurer la couverture en conditions réelles.
Exemple concret : les terminaux métiers
Dans un entrepôt, les terminaux de scan ont de petites antennes et des comportements WiFi parfois anciens. Un Minimum RSSI agressif peut les faire décrocher dans les allées, surtout avec des racks métalliques et des déplacements rapides.
Pour ces environnements, il faut tester avec les vrais terminaux :
- scan en mouvement
- roaming entre allées
- zones de chargement
- chambres froides
- portes métalliques
- moments de forte activité
- batteries faibles.
Un réglage parfait pour des MacBook en open space peut être mauvais pour des scanners métier.
Minimum RSSI et Minimum Data Rate : ne pas confondre
Minimum RSSI et Minimum Data Rate sont liés, mais différents.
Le Minimum RSSI regarde le niveau de signal reçu. Il dit : “si je te reçois trop faiblement, je te déconnecte”.
Le Minimum Data Rate regarde le débit radio minimal autorisé. Il dit : “si tu ne peux communiquer qu’à des débits trop bas, ce réseau n’est pas fait pour toi”.
Les deux peuvent réduire la taille effective d’une cellule et améliorer le roaming. Mais ils n’agissent pas au même niveau.
Dans un réseau propre, on peut combiner :
- un minimum data rate raisonnable
- une puissance d’émission cohérente
- un plan de canaux correct
- éventuellement Minimum RSSI sur certaines bornes
- des mécanismes de roaming plus doux quand disponibles
Minimum RSSI et Roaming Assistant
Dans UniFi, le Roaming Assistant utilise des BSS transition frames pour informer les clients modernes qu’ils devraient quitter la borne lorsque leur signal devient trop faible. C’est une approche plus douce que le hard kick de Minimum RSSI.
La différence est importante :
- Minimum RSSI coupe le client
- Roaming Assistant conseille le client avant la coupure
- le client moderne tolère souvent mieux la transition assistée
- les vieux clients peuvent ignorer ou mal gérer ces mécanismes
Dans beaucoup de réseaux récents, il vaut mieux commencer par une stratégie de roaming douce et ne réserver Minimum RSSI qu’aux cas où il est vraiment utile.
Comment choisir une valeur ?
Il n’y a pas de valeur magique.
Ubiquiti indique qu’une valeur comme -80 dBm peut servir de point de départ prudent dans des configurations classiques, tout en insistant sur le fait que les variables environnementales sont nombreuses. Cisco, de son côté, documente les seuils RSSI dans le contexte du roaming client et rappelle que le design doit tenir compte du recouvrement entre bornes.
Une méthode pragmatique :
- Mesurer le RSSI des clients en bordure de zone utile.
- Identifier les zones où les clients restent collés à la mauvaise borne.
- Vérifier qu’une autre borne couvre correctement ces zones.
- Régler par borne, pas partout de manière uniforme.
- Tester avec plusieurs types de clients.
- Surveiller les déconnexions, roams et tickets utilisateurs.
- Ajuster progressivement.
Exemple de logique :
| Situation | Approche possible |
|---|---|
| Maison ou petit bureau | Souvent inutile, ou seuil très prudent |
| Open space multi-bornes | Peut aider si clients collants |
| Haute densité | Utile avec design radio validé |
| Hôtel | À manier avec prudence, risque de trous de couverture |
| Entrepôt / IoT | Tester par client métier avant activation |
| Voix WiFi | Possible, mais exige une couverture très maîtrisée |
La méthode BoucheCousue
Chez BoucheCousue, nous ne commençons pas par activer Minimum RSSI partout.
Nous regardons d’abord :
- la couverture réelle
- le nombre de bornes
- leur placement
- la puissance d’émission
- les bandes utilisées
- les canaux
- le minimum data rate
- les types de clients
- les statistiques de roaming
- les zones où les utilisateurs se plaignent
Ensuite seulement, on décide si Minimum RSSI est utile.
Dans beaucoup de cas, le problème vient d’un design radio trop large : bornes trop puissantes, cellules qui se chevauchent mal, 2,4 GHz trop présent, bornes mal placées, ou absence de couverture là où l’on voudrait forcer le client à aller.
Minimum RSSI est efficace quand il accompagne un bon design. Il est dangereux quand il sert à compenser un mauvais design.
FAQ
Minimum RSSI améliore-t-il toujours le roaming ?
Non. Il peut aider les clients collants, mais il peut aussi créer des déconnexions si aucune meilleure borne n’est disponible.
Quelle valeur choisir ?
Il faut mesurer. Une valeur prudente comme -80 dBm peut servir de point de départ dans certains cas, mais chaque site doit être testé. Les environnements haute densité peuvent utiliser des seuils plus exigeants.
Pourquoi mon appareil se reconnecte à la même borne ?
Parce que le client décide du roaming. Si aucune autre borne n’est meilleure, ou si le client choisit mal, il peut revenir sur la même borne et se faire expulser de nouveau.
Minimum RSSI remplace-t-il une étude WiFi ?
Non. Il peut révéler une mauvaise couverture, mais ne la corrige pas. Si une zone n’a pas de bonne borne alternative, il faut revoir le design.
Est-ce utile pour les objets connectés ?
Souvent avec prudence. Beaucoup d’objets connectés ont des radios modestes et supportent mal les déconnexions forcées. Il faut tester.
Sources et références
- Ubiquiti Help Center : Understanding and Implementing Minimum RSSI
- Ubiquiti Help Center : UniFi WiFi SSID and AP Settings Overview
- Cisco : Client Roaming Configuration Guide
- Cisco : Enterprise Best Practices for iOS, iPadOS, and macOS Devices on Cisco Wireless LAN
- Cisco Meraki : Client roaming and connectivity decisions explained
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