UniFi Protect a longtemps défendu une idée simple : les vidéos restent sur le site, dans un NVR ou une passerelle UniFi, et l’accès distant ne transforme pas l’installation en vidéosurveillance hébergée dans le cloud. UniFi Cloud Storage ne renverse pas ce modèle, mais il en déplace une partie.
Depuis novembre 2026, Ubiquiti UniFi propose de conserver hors site certains enregistrements Protect et certaines données UniFi Drive. L’entreprise peut ainsi garder une copie accessible même si la console locale est hors ligne, volée ou endommagée. L’intégration est directe dans Site Manager, sans frais de téléchargement annoncés, avec une tarification de 5 dollars par téraoctet et par mois.
La promesse paraît évidente. La réalité demande quelques distinctions : Protect archive des événements sélectionnés, pas automatiquement l’intégralité des enregistrements ; Drive crée une sauvegarde de fichiers ou une seconde copie de sauvegardes Microsoft 365 ; le stockage est opéré par Backblaze en région US East au lancement. Avant d’activer le service, il faut donc décider ce qui doit quitter le site, qui peut y accéder et comment une restauration sera validée.
Ce qu’il faut retenir
- UniFi Cloud Storage ajoute une destination hors site native à UniFi Protect et UniFi Drive.
- Protect peut archiver automatiquement les événements de certaines caméras et de certains types de détection. Il ne s’agit pas d’une copie continue de toutes les vidéos par défaut.
- Drive peut sauvegarder des fichiers et dossiers sélectionnés, ou conserver une seconde copie cloud des sauvegardes Microsoft 365 gérées par UniFi Drive.
- Les données déjà envoyées restent accessibles lorsque la console UniFi locale est hors ligne, mais aucun nouvel envoi n’est possible tant qu’elle ne revient pas en ligne.
- Le service est facturé 5 dollars par téraoctet et par mois selon l’espace réellement utilisé, avec un minimum mensuel de 5 dollars et des taxes éventuelles. Ubiquiti annonce l’absence de frais de sortie.
- Au lancement, Ubiquiti indique utiliser Backblaze et une région de stockage US East. D’autres régions sont annoncées, sans calendrier public précis.
- Protect prend en charge les sites indépendants et les UniFi Fabrics. Les sauvegardes Drive sont pour l’instant limitées aux sites indépendants.
- Après la fin d’un abonnement, les données existantes restent accessibles pendant 30 jours.
- Une copie cloud ne devient une sauvegarde fiable qu’après un test de restauration, une revue des droits et une décision explicite sur la rétention.
Deux services différents derrière le même nom
Le terme « Cloud Storage » regroupe deux usages qui ne répondent pas au même besoin.
| Application | Fonction | Ce qui est envoyé hors site | Restauration ou consultation |
|---|---|---|---|
| UniFi Protect | Event Archiving | Événements des caméras et types de détection sélectionnés | Recherche et téléchargement depuis Site Manager |
| UniFi Drive | Off-Site Backup | Fichiers et dossiers sélectionnés | Restauration complète ou fichier par fichier vers le NAS UniFi |
| UniFi Drive | Protected Cloud Backup | Seconde copie de sauvegardes Microsoft 365 | Restauration vers le NAS ; certaines opérations détaillées exigent l’application Drive locale |
Cette séparation est essentielle. Une entreprise peut vouloir conserver hors site les détections de personnes ou de plaques d’immatriculation sans envoyer chaque seconde de chaque caméra. Une autre peut vouloir sauvegarder les dossiers critiques de son UNAS, mais ne pas archiver de vidéo. L’abonnement est commun ; la configuration reste propre à chaque application et à chaque site.
L’activation du service dans Site Manager ne déclenche d’ailleurs aucun transfert automatique. Il faut ensuite créer une tâche de sauvegarde dans Drive ou déclarer UniFi Cloud Storage comme destination d’archivage dans Protect.
Ce que Protect envoie réellement dans le cloud
Dans UniFi Protect, la fonction s’appuie sur Event Archiving. L’administrateur choisit les caméras UniFi Protect et les types de détection à archiver : personne, véhicule, colis, plaque, animal, visage ou son, selon les capacités de l’installation.
Ce fonctionnement limite le volume et concentre la copie sur les séquences jugées importantes. Pour un magasin, il peut s’agir des événements autour d’une entrée ou d’une caisse. Pour un entrepôt, des détections de véhicule sur une zone de livraison. Pour des bureaux, des événements sur les accès en dehors des horaires habituels.
Il ne faut pas présenter cette fonction comme une sauvegarde complète de la vidéosurveillance professionnelle. Les enregistrements continus restent sur le stockage local. Si un disque tombe en panne ou si le NVR disparaît, seuls les événements déjà sélectionnés et transférés sont disponibles dans le cloud.
Le cas le plus parlant est la perte physique du site. Après un vandalisme, un vol ou un incendie, le NVR et ses disques peuvent disparaître ou être détruits en même temps que les caméras.
Les événements déjà archivés hors site restent alors consultables. Ils peuvent documenter l’effraction, situer le début d’un sinistre ou fournir une séquence utile à l’assureur et aux autorités, selon le cadre légal applicable.

Cette différence prolonge le modèle déjà décrit dans notre analyse d’UniFi Protect 7 en entreprise : l’enregistrement et l’analyse restent locaux, tandis que le cloud facilite l’administration et, désormais, la conservation ciblée. Elle complète aussi les fonctions de traçabilité présentées avec UniFi Protect 7.2, sans remplacer une procédure d’export et de conservation des preuves.
Les archives peuvent être parcourues dans Site Manager par période, caméra ou type de détection. Elles restent accessibles si la console locale est hors ligne. En revanche, une console coupée ne peut plus envoyer de nouveaux événements : le cloud protège ce qui a déjà été transféré, pas ce qui se produit pendant une panne prolongée de la source.
Ce que Drive ajoute à la stratégie de sauvegarde
UniFi Drive propose deux chemins vers Cloud Storage.
Le premier, Off-Site Backup, copie les fichiers et dossiers choisis. La restauration peut porter sur une version complète ou sur une sélection de fichiers et de dossiers. Le second, Protected Cloud Backup, conserve une copie supplémentaire des données Microsoft 365 déjà sauvegardées par UniFi Drive.
Dans ce second cas, la chaîne comporte plusieurs niveaux : Microsoft 365 reste la source, le NAS UniFi détient la première sauvegarde, et UniFi Cloud Storage conserve une copie hors site. C’est plus robuste qu’une sauvegarde uniquement locale, à condition de surveiller chaque maillon et de tester la restauration jusqu’au fichier attendu.
Le raisonnement est le même pour les données des utilisateurs. Si l’UNAS est volé, détruit par un incendie ou rendu inaccessible après un sinistre, une sauvegarde conservée dans le même bâtiment risque de disparaître avec lui.
La copie hors site permet de restaurer les dossiers commerciaux, comptables, techniques ou RH sur un équipement de remplacement. Son intérêt dépend toutefois du dernier transfert réussi et de la capacité à retrouver la bonne version.

Ubiquiti présente cette architecture comme un moyen de compléter une stratégie de sauvegarde 3-2-1 : trois copies, deux supports ou systèmes distincts, une copie hors site. Le principe est pertinent, mais l’étiquette 3-2-1 ne constitue pas une preuve à elle seule. Il faut encore vérifier :
- que les dossiers réellement critiques sont inclus dans la tâche ;
- que la tâche s’exécute à la fréquence prévue ;
- que les erreurs et le dernier envoi sont surveillés ;
- qu’une version antérieure peut être retrouvée ;
- que la restauration fonctionne sur un NAS opérationnel ;
- que le délai de récupération reste compatible avec l’activité.
Les sauvegardes de configuration UniFi OS constituent encore un autre mécanisme. Elles servent à restaurer les applications, les paramètres et l’administration d’une console. Cloud Storage pour Drive ou Protect ne dispense donc pas de conserver et tester les sauvegardes système de la passerelle, du CloudKey ou du NVR.
Combien coûte UniFi Cloud Storage ?
Ubiquiti annonce un tarif de 5 dollars par téraoctet et par mois, calculé selon l’espace réellement consommé, avec un minimum de 5 dollars par mois et les taxes applicables. Les téléchargements ne doivent pas générer de frais de sortie supplémentaires.
Le calcul de départ est simple :
| Volume moyen stocké | Coût mensuel annoncé, hors taxes |
|---|---|
| Jusqu’à 1 To | 5 $ minimum |
| 5 To | 25 $ |
| 10 To | 50 $ |
| 30 To | 150 $ |
Ces montants ne permettent pas de prévoir directement le budget Protect. Le volume dépend du nombre de caméras, de la durée des événements, de leur fréquence, de la résolution et des types de détection retenus. Une entrée très fréquentée et une zone technique rarement visitée ne produiront pas la même quantité d’archives.
Le bon pilote consiste à archiver un petit groupe de caméras pendant quelques semaines, puis à extrapoler l’usage observé. Site Manager permet d’afficher l’espace consommé par Drive et Protect, d’activer un seuil d’alerte et, si on le souhaite, l’extension automatique de la capacité. Cette dernière évite un blocage, mais elle doit être associée à une limite budgétaire interne : un stockage qui grandit sans alerte peut transformer une facilité opérationnelle en dépense invisible.
Où sont stockées les données ?
La documentation de lancement indique que le stockage est fourni par Backblaze dans une région US East. Ubiquiti annonce d’autres régions à venir, mais ne donne pas encore de calendrier public.
Ce point doit être examiné avant d’envoyer des vidéos ou des documents d’entreprise. Pour une organisation française ou européenne, la question ne se limite pas à la performance. Elle concerne la nature des données, les personnes filmées, les obligations contractuelles, les transferts hors de l’Espace économique européen et les règles internes de conservation.
Les conditions du service précisent qu’Ubiquiti, ses sociétés affiliées et ses sous-traitants peuvent traiter les données stockées dans la mesure nécessaire pour fournir, sécuriser, exploiter et supporter le service. Elles placent aussi sous la responsabilité du client la légalité des données, les droits des utilisateurs autorisés et la protection des identifiants.
Les documents officiels consultés ne détaillent pas encore, pour UniFi Cloud Storage, un choix de région par le client, des clés de chiffrement gérées par l’entreprise ou une politique complète de chiffrement au repos. Il serait donc imprudent d’affirmer que ces options existent sans confirmation contractuelle ou technique supplémentaire.
Pour Protect, Ubiquiti continue d’indiquer que l’analyse des détections est réalisée localement. L’activation de Cloud Storage ajoute ensuite une copie des événements choisis. Il faut distinguer le lieu où l’intelligence vidéo fonctionne du lieu où les archives sont conservées.
Qui peut consulter les sauvegardes et les vidéos ?
Les droits diffèrent selon l’application et l’organisation du site :
- les sauvegardes Drive accessibles dans Site Manager sont réservées au propriétaire de la console ;
- les archives Protect d’un site indépendant sont accessibles au propriétaire de la console ;
- dans une UniFi Fabric, le propriétaire et les administrateurs de la Fabric peuvent consulter les archives Protect ;
- les administrateurs Drive peuvent créer et gérer les tâches depuis l’application Drive.
Cette matrice mérite une revue avant activation. Un administrateur réseau n’a pas nécessairement besoin d’accéder aux vidéos archivées. À l’inverse, le responsable chargé de retrouver une séquence ne doit pas dépendre d’un compte personnel détenu par un ancien prestataire.
Le transfert de propriété d’une console conserve les sauvegardes et archives existantes, mais le nouveau propriétaire doit activer le service avec son propre compte UI et relancer manuellement les tâches. Ce détail doit figurer dans les procédures de départ d’un administrateur, de changement d’intégrateur ou de cession d’un site.
Les conditions du service indiquent également qu’une authentification multifacteur peut être exigée. Même lorsqu’elle n’est pas imposée par l’interface, le compte propriétaire doit être protégé par MFA, enregistré au nom de l’entreprise et associé à une procédure de récupération maîtrisée.
Les limites à connaître avant de généraliser
La première limite concerne UniFi Fabrics. Protect peut archiver les événements d’un site indépendant ou d’une Fabric. Drive ne prend pour l’instant en charge que les sites indépendants. Lorsqu’un site rejoint une Fabric, ses tâches Drive ne peuvent plus continuer ; Ubiquiti annonce une prise en charge future sans date précise.
La deuxième concerne la résiliation. Après la fin de l’abonnement, les nouveaux envois cessent et les données existantes restent accessibles pendant 30 jours. Ce délai permet une récupération, mais il impose d’anticiper l’export. Une procédure de sortie commencée le vingt-neuvième jour n’est pas une stratégie de réversibilité.
La troisième concerne la dépendance à la console source. Les données déjà envoyées restent accessibles pendant une panne locale, ce qui est précisément l’intérêt du hors-site. En revanche, la console doit fonctionner et disposer d’une connexion pour transférer les nouveaux fichiers et événements.
Enfin, Cloud Storage ne règle pas automatiquement la rétention. Pour Protect, l’entreprise doit décider quels événements conserver et pendant combien de temps. Pour Drive, elle doit connaître le nombre de versions disponibles et la durée utile à son activité. Une capacité disponible ne remplace ni une politique, ni une preuve de suppression, ni un exercice de restauration.
Notre méthode de déploiement recommandée
1. Définir le besoin avant d’activer l’abonnement
Listez les risques couverts : panne du NAS, vol du NVR, incendie du site, erreur humaine, rançongiciel, suppression d’un fichier ou besoin de conserver une preuve vidéo. Chaque scénario demande des données et une durée différentes.
2. Commencer par un périmètre pilote
Choisissez un dossier Drive et quelques caméras représentatives. Pour Protect, sélectionnez des types de détection utiles plutôt que toutes les catégories disponibles. Observez le volume, la fréquence d’envoi et la facilité de recherche.
3. Vérifier les comptes et la région
Identifiez le propriétaire de la console, les administrateurs de Fabric et les administrateurs Drive. Activez le MFA et documentez la récupération du compte. Validez aussi l’acceptabilité de la région US East et du recours à Backblaze pour les données concernées.
4. Tester une panne de la source
Après un envoi confirmé, vérifiez qu’un fichier Drive et un événement Protect restent consultables lorsque la console locale est indisponible. Cette observation prouve l’accès à la copie déjà stockée ; elle ne prouve pas la reprise des nouveaux envois.
5. Restaurer réellement un fichier
Récupérez une version antérieure, restaurez-la vers le NAS et ouvrez-la avec l’application qui l’utilise. Pour Microsoft 365, testez aussi le parcours depuis la sauvegarde secondaire. Une liste de tâches au vert ne prouve pas qu’un document exploitable est revenu.
6. Encadrer le coût et la rétention
Activez un seuil d’alerte, suivez la croissance mensuelle et fixez une personne responsable. Documentez les durées de conservation, la procédure de suppression et le plan d’export en cas de résiliation ou de changement de fournisseur.
À qui ce service convient-il ?
UniFi Cloud Storage est cohérent pour une entreprise déjà équipée de Protect ou Drive qui cherche une copie hors site simple, sans ajouter immédiatement une nouvelle console d’administration. L’intégration dans Site Manager réduit les manipulations et peut accélérer la mise en place d’un premier niveau de résilience.
Le service est moins évident lorsqu’une organisation exige aujourd’hui une région européenne, des clés de chiffrement qu’elle contrôle, une réplication multi-fournisseurs ou des engagements contractuels très précis sur la récupération. Il ne remplace pas non plus une plateforme de sauvegarde généraliste couvrant les serveurs, les postes, les applications SaaS et les bases de données hors de l’écosystème UniFi.
Notre avis est donc positif, avec une réserve importante : l’intégration rend la sauvegarde plus facile à activer, pas automatiquement plus facile à gouverner. Le vrai progrès sera mesuré le jour où l’entreprise pourra restaurer le bon fichier ou retrouver la bonne séquence après la perte du stockage local.
Questions fréquentes
Toutes les vidéos UniFi Protect sont-elles envoyées dans le cloud ?
Non. Cloud Storage archive les événements correspondant aux caméras et aux types de détection configurés. Les enregistrements continus restent sur le stockage local tant qu’ils ne font pas l’objet d’un autre mécanisme d’export ou d’archivage.
Combien coûte UniFi Cloud Storage ?
Ubiquiti annonce 5 dollars par téraoctet et par mois selon l’espace utilisé, avec un minimum mensuel de 5 dollars, hors taxes éventuelles. Les téléchargements sont annoncés sans frais de sortie.
Où les données sont-elles stockées ?
Au lancement, la documentation indique Backblaze comme fournisseur et US East comme région de stockage. D’autres régions sont prévues, sans calendrier public précisé.
Les données restent-elles accessibles si le NVR ou le NAS est hors ligne ?
Oui pour les fichiers et événements déjà envoyés. La console doit revenir en ligne pour transférer de nouvelles données.
Que se passe-t-il après la résiliation ?
Les nouveaux envois cessent. Les sauvegardes et archives existantes restent accessibles pendant 30 jours, délai pendant lequel il faut récupérer les données nécessaires.
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Article préparé le 5 novembre 2026 à partir des informations officielles disponibles. Les régions, fonctions et conditions commerciales d’UniFi Cloud Storage peuvent évoluer.
