Un câble réseau se voit peu une fois les bureaux livrés. Pourtant, un mauvais choix peut rester dans les murs pendant dix ou quinze ans : liens instables, négociation à un débit inférieur, erreurs intermittentes, bornes Wi-Fi ou caméras PoE difficiles à diagnostiquer. À l’inverse, choisir systématiquement le blindage le plus lourd augmente le diamètre, le coût et la difficulté de pose sans garantir un meilleur réseau.

La bonne question n’est donc pas seulement « UTP ou FTP ? ». Il faut choisir un système de câblage complet adapté au débit, au cheminement, aux perturbations électromagnétiques et à la qualité de la mise à la terre du bâtiment.

La réponse courte

Pour un nouveau réseau d’entreprise, la catégorie 6A est généralement la base la plus pérenne lorsqu’on veut garantir 10 Gigabit Ethernet jusqu’à 100 mètres. Le blindage se choisit ensuite selon l’environnement :

Environnement Choix généralement pertinent Pourquoi
Bureaux classiques, cheminements maîtrisés Cat 6A U/UTP ou F/UTP U/UTP reste possible dans un environnement calme ; F/UTP apporte une marge contre les perturbations et la diaphonie externe.
Faux plancher ou chemin de câble dense, nombreux liens PoE Cat 6A F/UTP, U/FTP ou F/FTP Meilleure maîtrise du couplage entre câbles, à condition de terminer correctement les écrans.
Atelier, local technique, proximité de moteurs, variateurs ou équipements puissants Cat 6A S/FTP, ou fibre si l’environnement est sévère Protection renforcée ; la fibre supprime le problème de perturbation électromagnétique sur le lien.
Datacenter ou baie très dense Cat 6A F/UTP ou S/FTP selon l’architecture La densité, le 10 Gb/s et la diaphonie externe justifient une conception et une certification rigoureuses.
Liaison entre bâtiments ou zone exposée à la foudre Fibre optique en priorité Le blindage cuivre n’est pas une protection contre la foudre ni contre les différences de potentiel entre bâtiments.

Ce tableau donne une orientation, pas une prescription universelle. La distance avec les câbles d’énergie, le type de chemin de câble, la densité, la puissance PoE, le risque incendie et les règles du bâtiment doivent être étudiés avant de rédiger le CCTP.

U/UTP, F/UTP, S/FTP : comment lire les sigles ?

Les termes « UTP », « FTP » et « STP » sont encore très employés, mais ils manquent de précision. La nomenclature moderne se lit sous la forme XX/YTP :

  • la partie avant la barre décrit l’écran général autour des quatre paires ;
  • la partie après la barre décrit l’écran autour de chaque paire ;
  • U signifie unshielded, sans écran ;
  • F signifie foil, un feuillard métallique ;
  • S signifie screen, une tresse métallique ;
  • TP signifie twisted pair, paire torsadée.

On obtient ainsi les constructions les plus courantes :

Désignation Écran général Écran par paire Ancien raccourci fréquent
U/UTP Aucun Aucun UTP
F/UTP Feuillard Aucun FTP
U/FTP Aucun Feuillard sur chaque paire Parfois STP, à tort ou sans précision
F/FTP Feuillard Feuillard sur chaque paire F-FTP
S/FTP Tresse Feuillard sur chaque paire STP ou S-STP
SF/UTP Tresse et feuillard Aucun S-FTP selon certains catalogues anciens

Fluke Networks recommande ces désignations normalisées et rappelle notamment que F/UTP correspond à un écran général avec des paires non écrantées, tandis que S/FTP combine une tresse générale et un feuillard autour de chaque paire. C’est la terminologie à utiliser dans un devis ou un CCTP pour éviter de commander un produit différent de celui attendu.

La page « Câble UTP ou FTP » de 123elec constitue une bonne introduction aux principales familles. Pour une installation d’entreprise, il faut cependant aller plus loin que l’opposition entre câble blindé et non blindé : une même catégorie de performance peut exister dans plusieurs constructions, et l’efficacité de l’écran dépend de tout le canal.

Catégorie et blindage ne répondent pas à la même question

La catégorie décrit les performances de transmission du composant : bande de fréquence, pertes, diaphonie et capacité à supporter certaines applications. Le blindage décrit sa construction et sa capacité à limiter le couplage électromagnétique. Un câble plus blindé n’est donc pas automatiquement d’une catégorie supérieure.

La norme IEC 61156-5:2020 couvre des câbles de câblage horizontal avec paires non écrantées, écran commun ou écrans individuels. Elle distingue notamment les fréquences de référence suivantes : 250 MHz pour la catégorie 6 et 500 MHz pour la catégorie 6A. La série ISO/IEC 11801 définit de son côté le câblage générique des locaux et les exigences communes aux liens et canaux.

Pour 10GBASE-T, la catégorie 6A est prévue pour un canal de 100 mètres. La catégorie 6 peut fonctionner en 10 Gb/s sur une distance plus courte, sous réserve de respecter les contraintes de diaphonie externe. L’Ethernet Alliance indique 55 mètres pour du Cat 6 non écranté dans son tableau de référence, contre 100 mètres pour le Cat 6A.

Dans un projet neuf, économiser quelques euros en restant en Cat 6 alors que les bornes Wi-Fi, stations de travail, serveurs ou uplinks vont évoluer vers le multigigabit peut coûter beaucoup plus cher lors d’une reprise de câblage. Notre article sur le Multi-Gigabit explique pourquoi le débit du réseau filaire doit suivre celui des équipements.

Ce que le blindage protège réellement

Les paires torsadées utilisent déjà l’équilibre du signal pour rejeter une partie des perturbations communes. Le blindage ajoute une barrière conductrice qui limite :

  • la pénétration de perturbations électromagnétiques externes ;
  • les émissions du câble vers son environnement ;
  • la diaphonie entre câbles voisins, appelée alien crosstalk, particulièrement importante avec 10GBASE-T et les faisceaux denses.

Le bénéfice devient pertinent lorsque le câble longe des sources de perturbations : alimentation électrique, transformateur, moteur, variateur de fréquence, ascenseur, machines, éclairage de puissance ou faisceaux réseau très chargés. Mais le blindage ne dispense jamais de respecter les règles de séparation.

Les recommandations SYSTIMAX de CommScope s’appuient sur EN 50174-2 : la distance minimale dépend du câble, du nombre de circuits d’énergie et du type de séparation ou de cheminement. Il n’existe donc pas une distance magique applicable à tous les bâtiments. Si les conditions de séparation ne peuvent pas être obtenues, CommScope recommande la fibre.

Quel blindage choisir selon les locaux ?

Bureaux classiques : U/UTP ou F/UTP

Dans un plateau de bureaux correctement conçu, avec des cheminements séparés du courant fort, un câble Cat 6A U/UTP de qualité peut parfaitement répondre au besoin. Il est plus léger, plus souple et plus simple à terminer. Son absence d’écran ne signifie pas absence de protection : la géométrie et la symétrie des paires contribuent au rejet des perturbations.

Le F/UTP constitue toutefois un compromis fréquent en Europe. Son feuillard général améliore l’immunité et la maîtrise de la diaphonie externe sans atteindre le diamètre et la rigidité d’un S/FTP. Il convient bien aux faux plafonds et faux planchers où les chemins de câble sont denses, à condition que les connecteurs, panneaux et cordons soient compatibles.

Notre recommandation terrain : ne choisir U/UTP que si le cheminement est réellement maîtrisé et que le lien sera certifié. Dans le doute, un système Cat 6A F/UTP homogène apporte une marge utile sans basculer dans le blindage maximal.

Open space dense, Wi-Fi et PoE : surveiller aussi la température

Les bornes Wi-Fi, téléphones, caméras, lecteurs de contrôle d’accès et équipements audiovisuels multiplient les liens alimentés en PoE. L’IEC 61156-5 prévoit que les câbles puissent prendre en charge les applications d’alimentation à distance IEEE 802.3af, 802.3at et 802.3bt, mais cela ne rend pas tous les câbles équivalents.

Dans un faisceau important, il faut regarder la section des conducteurs, la résistance, la température admissible, le nombre de câbles regroupés, la puissance réellement délivrée et les règles de déclassement du fabricant. Un écran métallique peut aider à dissiper la chaleur, mais il ne compense ni un conducteur sous-dimensionné ni une installation trop serrée. Pour les installations fixes en entreprise, il faut privilégier des conducteurs en cuivre massif conformes aux spécifications du système et écarter les câbles CCA, en aluminium recouvert de cuivre.

Le blindage n’est donc qu’une ligne du calcul PoE. Notre guide sur le PoE IEEE 802.3bt détaille les niveaux de puissance et les usages concernés.

Atelier et environnement industriel : S/FTP ou fibre

À proximité de machines, moteurs, variateurs ou équipements de puissance, le S/FTP offre une protection renforcée : tresse générale, écrans individuels des paires et meilleure maîtrise du couplage. Il est en revanche plus épais, plus rigide et plus exigeant à raccorder.

Dans un environnement sévère, la fibre optique peut être plus rationnelle. Elle est insensible aux perturbations électromagnétiques et évite de transporter une liaison conductrice entre deux zones présentant des potentiels de terre différents. Le choix final doit aussi intégrer les contraintes mécaniques, la poussière, l’humidité, les températures et les indices de protection des connecteurs.

Datacenter : la densité compte autant que le débit

Dans une baie dense, les câbles sont proches les uns des autres, les débits élevés et les opérations de brassage fréquentes. F/UTP ou S/FTP peut réduire la diaphonie externe, mais le diamètre du câble influence le remplissage des chemins, les rayons de courbure et la circulation de l’air.

Le bon calcul compare le cuivre et la fibre sur l’ensemble de la liaison : interfaces des équipements, distance, densité, consommation, évolutivité et facilité d’exploitation. Le câble le plus blindé n’est pas toujours le canal le plus simple à maintenir.

Extérieur et interbâtiments : ne pas confondre blindage et protection foudre

Un câble S/FTP n’est pas un paratonnerre. Pour une liaison extérieure, il faut un câble spécifiquement prévu pour l’environnement, une entrée de bâtiment conforme et une protection adaptée contre les surtensions. Entre deux bâtiments, la fibre optique est généralement préférable : elle évite la continuité galvanique et les problèmes liés aux différences de potentiel.

Le blindage répond aux perturbations électromagnétiques du signal. La tenue aux UV, à l’eau, au feu et à la foudre relève d’autres caractéristiques. Elles doivent être spécifiées séparément.

Un câble blindé exige une chaîne blindée de bout en bout

L’erreur la plus courante consiste à acheter un câble blindé puis à le terminer sur une prise non blindée, un panneau mal relié ou un cordon inadapté. On perd alors la continuité d’écran qui justifiait le choix initial.

Un canal blindé cohérent comprend :

  1. le câble horizontal ;
  2. les connecteurs et prises compatibles avec sa catégorie et son écran ;
  3. le panneau de brassage blindé ;
  4. les cordons de brassage et cordons utilisateurs adaptés ;
  5. la liaison équipotentielle et la mise à la terre prévues par les règles du bâtiment ;
  6. une terminaison qui conserve le contact de l’écran autour du connecteur, sans détorsader inutilement les paires.

Le livre blanc Shield Integrity de Fluke Networks souligne que la terminaison correcte de l’écran est essentielle aux performances, notamment pour la diaphonie interne et externe. Il précise aussi qu’un simple test de continuité en courant continu peut être trompé par un chemin passant par la terre du bâtiment. La certification doit donc contrôler l’intégrité réelle de l’écran, pas seulement afficher « continuité : oui ».

Un blindage mal raccordé n’est pas une assurance. Il transforme une construction potentiellement performante en système imprévisible et difficile à dépanner.

Les six critères à inscrire dans le CCTP

Écrire seulement « câble RJ45 Cat 6A FTP » laisse trop de place à l’interprétation. Un cahier des charges d’entreprise devrait préciser au minimum :

  1. La catégorie et la classe du canal visé, par exemple Cat 6A / classe EA pour 10GBASE-T jusqu’à 100 mètres.
  2. La construction exacte, par exemple F/UTP ou S/FTP, et non le seul terme FTP ou STP.
  3. Les caractéristiques du conducteur, avec du cuivre et une section cohérente avec les distances et la puissance PoE.
  4. La réaction au feu, avec l’Euroclasse CPR et les indices de fumée, gouttelettes et acidité exigés pour le bâtiment. Les classes vont de Aca à Fca ; elles sont indépendantes du blindage.
  5. La chaîne de connexion, incluant prises, panneaux et cordons compatibles, ainsi que les règles de mise à la terre et de liaison équipotentielle.
  6. La recette, avec certification de chaque lien permanent selon la catégorie demandée, résultats nommés par prise et remise des fichiers de mesure.

La classification CPR présentée par Europacable porte sur la réaction au feu : propagation, chaleur et, selon les classes, fumées, gouttelettes et acidité. Elle ne dit pas si le câble est U/UTP ou S/FTP. Ce sont deux décisions différentes qui doivent apparaître dans le dossier technique.

Notre arbre de décision

Pour choisir sans surdimensionner, procédez dans cet ordre :

  1. Quel débit faut-il garantir et pendant combien d’années ? Pour un projet neuf appelé à durer, Cat 6A est souvent le point de départ le plus prudent.
  2. Le cheminement peut-il respecter les séparations avec le courant fort ? Si non, revoyez le parcours ou passez en fibre avant de compter uniquement sur le blindage.
  3. Quelles sources de perturbation entourent le lien ? Bureaux calmes, faisceaux denses, moteurs, variateurs et interbâtiments n’appellent pas la même réponse.
  4. La mise à la terre et la liaison équipotentielle sont-elles documentées ? Sans réponse claire, un système blindé ne doit pas être prescrit à l’aveugle.
  5. Quelle densité PoE et quelle température sont prévues ? Vérifiez la section, les faisceaux et les limites du fabricant.
  6. Qui certifie le résultat ? Une bonne référence sur une fiche technique ne prouve pas la qualité du lien posé.

Dans beaucoup de bureaux, la réponse finale sera Cat 6A F/UTP, parce qu’il combine marge électromagnétique, disponibilité et encombrement raisonnable. Ce n’est toutefois pas une règle absolue : U/UTP reste valable dans un environnement maîtrisé, tandis que S/FTP ou la fibre s’imposent lorsque les perturbations et les enjeux le justifient.

Ce qu’il faut retenir

  • La catégorie détermine la performance ; le blindage décrit la protection électromagnétique.
  • Utilisez les désignations complètes U/UTP, F/UTP, U/FTP, F/FTP ou S/FTP.
  • Cat 6A est le choix pérenne pour garantir 10GBASE-T sur 100 mètres.
  • Le F/UTP est souvent un bon compromis en bureaux, mais il n’est pas obligatoire partout.
  • Le S/FTP se justifie dans les environnements perturbés ou très denses ; la fibre reste supérieure pour les liaisons interbâtiments et les environnements électromagnétiques sévères.
  • Un câble blindé n’est efficace que si les connecteurs, panneaux, cordons, liaisons de terre et terminaisons forment un système cohérent.
  • La certification de chaque lien permanent est plus importante que le sigle imprimé sur la gaine.

FAQ

Un câble Cat 6A doit-il forcément être blindé ?

Non. Il existe des systèmes Cat 6A U/UTP et blindés. Le système doit satisfaire les performances de la catégorie et être adapté à l’environnement. Dans un site dense ou perturbé, F/UTP ou S/FTP apporte généralement plus de marge.

FTP est-il meilleur que UTP ?

Pas automatiquement. F/UTP protège mieux contre certaines perturbations, mais demande une chaîne blindée et une terminaison correcte. Un excellent système U/UTP installé et certifié peut être plus fiable qu’un câble blindé mal raccordé.

Peut-on mélanger câble blindé et prises non blindées ?

Ce mélange rompt la continuité d’écran et empêche de bénéficier du système tel qu’il a été conçu. Il faut choisir des composants compatibles de bout en bout.

Le S/FTP protège-t-il contre la foudre ?

Non. Pour l’extérieur ou une liaison entre bâtiments, il faut traiter séparément la protection contre les surtensions, la mise à la terre et l’exposition. La fibre optique est généralement préférable entre bâtiments.

Quel câble choisir pour des bornes Wi-Fi alimentées en PoE ?

Le choix dépend du débit de l’uplink, de la puissance PoE, de la longueur et de la densité des faisceaux. Pour un projet neuf, Cat 6A en cuivre massif, souvent F/UTP, est un bon point de départ. La section, la température et la certification restent indispensables.